Marché du sextoy en France : ce qu’on sait et ce qu’on ignore des sex toys
Les estimations du marché du sextoy publiées en ligne vont de 200 millions d’euros à 112 milliards, parfois dans le même article. Aucune n’est vérifiable. Ce qui l’est : les usages déclarés, les circuits de vente, et les règles qui ont façonné ce commerce.
Il n’existe pas de chiffre d’affaires public et fiable pour ce marché en France. Ce n’est pas une précaution de langage : c’est le résultat d’une recherche de sources, et c’est l’information la plus utile de cette page. À défaut de montant, le secteur se décrit très bien autrement — par ses acheteurs, ses canaux, ses contraintes juridiques et commerciales —, et c’est ce que fait la suite.
Marché du sextoy : les chiffres qui circulent, et ce qu’ils valent
Trois ordres de grandeur se croisent dans la presse en ligne, sans qu’aucun ne cite une méthode. Autour de 200 millions d’euros par an pour la France, attribué à un institut de panel sans détail de calcul. 22 milliards, repris d’une étude exprimée en dollars et manifestement mondiale. Et 50 à 112 milliards, cités sans source identifiable.
L’écart entre la première et la dernière valeur est d’un facteur cinq cents. Il ne traduit pas une incertitude de mesure : il traduit le mélange de périmètres différents — France contre monde, euros contre dollars, objets seuls contre ensemble du secteur avec la lingerie et les produits de bien-être intime. Un chiffre repris sans son périmètre ne vaut rien, quelle que soit sa précision apparente.
Entre la plus basse et la plus haute estimation publiée, le facteur est de cinq cents. Ce n’est pas une incertitude, c’est un mélange de périmètres.Le relevé du poste
Qui publie ces estimations
Une recherche sur le sujet fait remonter, en tête de page, des cabinets d’études de marché anglophones : des sociétés qui vendent des rapports sectoriels, européens ou mondiaux, présentés par une page de résumé et un bouton d’achat. Leurs montants, souvent présentés comme ceux du « marché des jouets sexuels » européen ou mondial, sont ensuite repris par la presse, puis par des blogs, et le périmètre se perd à chaque reprise.
Ces rapports ne sont pas faux par nature. Mais leur méthode n’est pas consultable sans achat, et ils projettent presque tous une croissance annuelle sur plusieurs années, ce qui transforme une estimation de départ en série de chiffres à l’apparence précise. Pour lire l’un d’eux, cinq questions suffisent :
- Quel périmètre géographique : France, Europe, monde ?
- Quelle année de référence, et le chiffre est-il mesuré ou projeté ?
- Quelle devise, et à quel taux de change ?
- Quels produits : objets seuls, ou aussi lingerie, lubrifiants, préservatifs ?
- Quelle méthode : agrégation de chiffres d’entreprises, extrapolation d’enquêtes, ou estimation à partir d’un marché voisin ?
Sans réponse à ces cinq questions, un montant n’est pas une donnée. D’autres acteurs, des sociétés d’investissement notamment, présentent publiquement le secteur comme une cible attractive : c’est un discours de financement, utile pour comprendre qui s’y intéresse, pas une mesure.
Pourquoi ce marché n’est pas mesuré
Quatre raisons structurelles, et elles se cumulent. La catégorie statistique n’existe pas : ces produits ne forment ni une nomenclature douanière ni une activité distincte, ils se répartissent entre plusieurs codes d’articles en plastique, d’appareils électriques et de commerce de détail. Impossible, donc, de les isoler dans les statistiques d’importation ou dans les comptes du commerce.
La distribution est éclatée : boutiques spécialisées, pharmacies, grandes surfaces, places de marché en ligne, vente directe des marques, vente à domicile. Aucun panel ne couvre l’ensemble, et les panels de distribution classiques n’incluent pas les circuits spécialisés.
Les entreprises communiquent peu : la plupart sont des sociétés non cotées, sans obligation de publier des résultats par segment. Et la vente transfrontalière brouille l’attribution : un achat effectué en France auprès d’un vendeur établi hors de l’Union n’apparaît pas dans les mêmes comptes qu’un achat en boutique.
S’y ajoute une cinquième difficulté, propre aux études privées : leurs périmètres divergent. Certaines comptent la lingerie, d’autres non ; certaines incluent les produits de bien-être intime, d’autres s’en tiennent aux accessoires. Deux rapports sérieux peuvent ainsi aboutir à des montants sans rapport, sans qu’aucun ne se trompe.
Ce que les enquêtes d’usage établissent
Les données solides existent, mais elles portent sur les usages déclarés, pas sur les montants. Les enquêtes d’opinion à méthodologie publiée fournissent une progression nette : la part de femmes déclarant avoir déjà utilisé un objet de ce type passe d’environ 9 % en 2007 à près de la moitié en 2017, selon des sondages de l’Ifop. C’est la réponse la plus solide disponible à la question du pourcentage de femmes concernées.
Une réserve s’impose, et elle doit être dite : plusieurs de ces enquêtes ont été commandées par des acteurs du secteur. Cela n’invalide pas la méthode — l’institut publie la sienne — mais cela pèse sur le choix des questions et sur la diffusion des résultats. Une progression de cette ampleur reste néanmoins trop marquée pour s’expliquer par un biais de commande.
Le second point établi est l’effet de la période 2020-2021, rapporté par plusieurs acteurs comme une forte hausse des ventes en ligne. Là encore, aucun chiffre consolidé : des déclarations d’entreprises, qui vont dans le même sens sans permettre de quantifier.
Le segment masculin, angle mort du secteur
C’est la partie la moins documentée d’un marché déjà mal mesuré. Les enquêtes d’usage interrogent majoritairement les femmes, les gammes masculines sont plus récentes, et la proportion d’hommes déclarant un usage reste nettement inférieure dans les sondages disponibles.
Deux lectures coexistent, et aucune n’est tranchée par les données : un usage réellement moins répandu, ou une sous-déclaration liée à un tabou plus marqué. Les instituts eux-mêmes signalent cet écart sans pouvoir le corriger. Ce que les enquêtes en disent est détaillé dans notre dossier sur les tabous du plaisir masculin.

Comment l’offre de sextoys est structurée
À défaut de montants, la structure se décrit. Trois segments se distinguent clairement par les matériaux, la technique et le circuit.
| Segment | Caractéristiques | Circuit dominant |
|---|---|---|
| Entrée de gamme | Élastomères poreux, pas d’électronique ou moteur simple | Places de marché, importation directe |
| Milieu de gamme | Silicone, batterie rechargeable, étanchéité | Boutiques spécialisées, en ligne et physiques |
| Haut de gamme | Silicone platine, garantie longue, conception européenne | Marques en vente directe, pharmacies |
Le déplacement observable depuis une quinzaine d’années ne porte pas sur les volumes, qu’on ne mesure pas, mais sur les circuits : l’entrée en pharmacie et en grande surface a banalisé l’achat, et la vente en ligne a supprimé le passage en boutique spécialisée, qui était le principal frein déclaré. Les évolutions récentes de l’offre elle-même — objets connectés, matériaux, design — sont suivies dans notre relevé des tendances de l’offre.
Les acteurs, par type plutôt que par nom
Décrire le paysage par catégories informe davantage qu’une liste d’enseignes, qui change tous les ans.
- Les fabricants spécialisés, souvent européens ou nord-américains, qui assurent la conception et le design, puis font produire. Ce sont eux qui portent les garanties et les choix de matériaux, et leur nom figure sur l’objet plutôt que sur la boutique.
- Les distributeurs en ligne, sans production propre, qui se différencient par la largeur du catalogue, la qualité des fiches et la discrétion de la livraison.
- Les marques de distributeur, produites à façon et vendues sous l’enseigne du revendeur. L’absence d’information sur le fabricant y est la règle, ce qui complique la vérification du matériau.
- Les importateurs sans marque, dont les produits arrivent par les places de marché. C’est le segment où les mentions de matériau sont les plus vagues et la traçabilité la plus faible.
Pour le lecteur, la conséquence est concrète : la question utile n’est pas « quelle est la meilleure marque » mais « qui fabrique, et qu’est-ce qui est écrit sur le matériau ». La seconde a une réponse vérifiable ; la première dépend de qui l’écrit.
Les grandes familles de jouets sexuels
Le catalogue paraît infini ; il se ramène pourtant à quelques familles, que les distributeurs utilisent pour classer leur offre et qui structurent aussi les prix.
- Les stimulateurs externes : vibromasseurs de surface et stimulateurs clitoridiens à pression d’air, qui forment une catégorie à part entière dans les catalogues.
- Les vibromasseurs à insertion, droits ou à double stimulation, dits rabbit, du modèle d’entrée de gamme à piles au modèle en silicone rechargeable.
- Les objets sans moteur : godes en silicone, verre ou acier, boules de geisha, qui échappent aux règles sur le matériel électrique et dont le prix tient presque entièrement au matériau.
- Les produits pour l’anal, plugs en tête, où la base évasée et la qualité du matériau sont les deux critères de sécurité qui ne se négocient pas.
- Les gammes masculines : masturbateurs, anneaux, stimulateurs de prostate, segment plus récent et moins documenté.
- Les objets pour couples et connectés, pilotables à distance par le partenaire grâce à une application.
À la question, fréquente, des « meilleurs objets pour femmes », le marché répond par cette typologie plutôt que par un palmarès : le bon choix dépend de la stimulation recherchée — clitoridienne, interne ou les deux —, puis du matériau et des dimensions, dans cet ordre.
Les accessoires associés
Autour des objets gravite une offre de consommables : lubrifiants, nettoyants, housses de rangement, piles. Un point technique y est mal connu et coûte cher : un lubrifiant à base de silicone peut abîmer la surface d’un objet en silicone. Le lubrifiant à base d’eau est compatible avec tous les matériaux, comme le rappellent les guides de choix publiés par les pharmacies.
Objets connectés : la donnée personnelle entre dans le marché
Les objets pilotés par une application ont ajouté au secteur une dimension qu’il n’avait pas : la collecte de données. Une application peut enregistrer des horaires et des réglages d’utilisation, parfois une liste de partenaires de connexion, toutes données d’une sensibilité évidente.
Le sujet n’est pas théorique. En mars 2017, un fabricant canadien de vibromasseurs connectés a conclu aux États-Unis un accord amiable pour clore une action collective qui lui reprochait de suivre l’utilisation de ses objets par leur application, à l’insu des utilisateurs ; il s’est engagé à détruire les données collectées et à modifier sa politique de confidentialité. En Europe, ces données relèvent du RGPD, et celles qui révèlent la vie sexuelle font partie des catégories particulières dont le traitement est en principe interdit sans consentement explicite.
Pour l’acheteur, la vérification se fait avant l’achat : la politique de confidentialité de l’application dit ce qui est collecté, où c’est stocké et si un compte est obligatoire. Un objet qui fonctionne aussi sans application reste, à cet égard, l’option la plus sobre.
Le texte qui a façonné ce commerce
Une règle juridique explique une grande partie de la géographie de ce marché, et elle n’est presque jamais citée. L’article 99 de la loi n° 87-588 du 30 juillet 1987 interdisait l’installation, à moins de cent mètres d’un établissement d’enseignement maternel, primaire ou secondaire, d’un commerce dont l’activité principale est la vente de publications interdites aux mineurs de dix-huit ans.
Deux évolutions ont élargi ce dispositif. La loi n° 2007-293 du 5 mars 2007 a porté la distance à deux cents mètres et étendu le champ aux objets à caractère pornographique, alors que le texte de 1987 ne visait que les publications — ce qu’une question parlementaire de 1996 relevait déjà comme une limite.
Le dispositif a été contesté et confirmé. La Cour de cassation a jugé, le 22 janvier 2013, qu’il n’y avait pas lieu de transmettre au Conseil constitutionnel une question portant sur la liberté d’entreprendre : la mesure poursuit un but de protection de l’enfance et ne porte pas à cette liberté une atteinte manifestement disproportionnée.
S’y ajoute un pouvoir local : le Conseil d’État a rappelé qu’un établissement échappant à l’interdiction légale peut néanmoins être visé par la police municipale en raison de dangers particuliers pour la jeunesse ou la tranquillité publique. L’implantation physique dépend donc d’une règle nationale et d’une appréciation locale.
Pourquoi la vente a basculé en ligne
La conséquence des contraintes précédentes est directe : dans une ville dense, le périmètre de deux cents mètres autour de chaque établissement scolaire élimine une grande partie des emplacements commerciaux disponibles.
Trois facteurs ont joué dans le même sens, et aucun n’est propre à ce secteur. La discrétion de l’achat, qui est un argument de vente en soi. L’absence de contrainte d’emplacement pour un site, qui n’a pas de voisinage. Et la largeur de catalogue, impossible à tenir dans une boutique de quartier.
Trois périodes, trois régimes
La vente par correspondance. Avant internet, le catalogue papier et la commande postale assuraient la discrétion que la boutique ne permettait pas. C’est de cette période que vient une pratique toujours en vigueur : l’expédition sous emballage neutre, sans mention d’enseigne.
La boutique physique encadrée. C’est la période où s’applique pleinement la règle de distance aux établissements d’enseignement, étendue en 2007 aux objets. Elle a durablement limité les emplacements disponibles en zone urbaine dense.
La vente en ligne. Elle lève la contrainte d’emplacement, élargit le catalogue, et fait apparaître un acteur nouveau : la place de marché, où le vendeur n’est pas l’exploitant du site. Elle déplace aussi la protection des mineurs de l’implantation vers la vérification de l’âge, qui est le sujet réglementaire actuel : la règle des deux cents mètres n’a aucun équivalent fonctionnel sur le web.
Les circuits de distribution, aujourd’hui
Cinq canaux coexistent, avec des contraintes et des publics différents. Les décrire est plus informatif qu’un chiffre d’affaires global, puisque celui-ci n’est pas établi.
- Les magasins spécialisés physiques, du sex shop traditionnel à la boutique de bien-être sexuel, soumis à la règle des deux cents mètres et à l’appréciation du maire. Leur avantage reste le conseil et la possibilité de voir le produit.
- Les sites spécialisés, qui portent l’essentiel de la largeur de catalogue et des informations techniques. C’est le canal où les fiches produit sont les plus détaillées, donc le plus comparable.
- Les places de marché généralistes, qui touchent le public le plus large, mais où la traçabilité du vendeur et la qualité des fiches sont les plus inégales.
- La parapharmacie et la grande distribution, sur une sélection réduite de références, souvent les plus consensuelles.
- La vente à domicile en réunion, circuit ancien et discret, dont le modèle repose sur le conseil et la recommandation plutôt que sur le catalogue.
Seconde main et reprise
Un sixième circuit, structurellement différent, se développe : la revente d’occasion. Elle existe sur les plateformes généralistes malgré l’interdiction que la plupart d’entre elles affichent, et elle pose un problème d’hygiène qu’aucun nettoyage ne règle pour les matériaux poreux.
Plus récemment, des distributeurs spécialisés proposent leur propre service de reprise : l’ancien objet est renvoyé, puis remis en circulation ou recyclé selon son état, contre un avoir. La démarche répond à la même question d’hygiène par un contrôle du vendeur, et à celle des déchets électroniques, puisqu’une bonne partie de ces objets contient une batterie.
La publicité fermée, et ce qu’elle change
C’est la contrainte économique la plus lourde du secteur, et elle est invisible pour le client. Les grandes régies publicitaires — moteurs de recherche, réseaux sociaux — appliquent des politiques de contenu qui excluent ou restreignent fortement les produits pour adultes. La publicité payante classique étant largement indisponible, l’acquisition de clients se reporte sur le référencement naturel, l’affiliation et les listes de diffusion.
L’affichage public est soumis au pouvoir de police du maire, et la vitrine elle-même est encadrée en pratique : un étalage visible depuis la voie publique est le premier motif de plainte du voisinage.
D’où un trait du secteur qui surprend : la place considérable qu’y occupe le contenu éditorial. Quand la publicité est fermée, le guide d’achat devient le canal d’acquisition. Le corollaire, pour le lecteur, est que la plupart des comparatifs qu’il trouve sont écrits par des vendeurs.
Paiement et livraison : les contraintes invisibles
Le paiement. Les prestataires de paiement classent l’activité pour adultes parmi les secteurs à risque, ce qui se traduit par des conditions plus strictes, des réserves de garantie et parfois des refus d’ouverture de compte. La conséquence visible est le nombre réduit de moyens de paiement proposés sur certains sites.
La livraison. L’emballage neutre est la norme, et la mention qui apparaît sur le relevé bancaire est souvent un nom de société sans rapport avec l’enseigne. Ces deux points se vérifient avant commande : ils figurent dans les conditions générales, et leur absence est inhabituelle.
Ce que dit la réglementation des produits
C’est la zone grise la plus concrète pour l’acheteur. Ces objets ne relèvent ni de la réglementation des jouets ni de celle des dispositifs médicaux, sauf usage thérapeutique revendiqué par le fabricant. Ils tombent dans le droit commun des produits de consommation.
Ce droit commun n’est pas vide. Le règlement européen 2023/988 relatif à la sécurité générale des produits, applicable depuis le 13 décembre 2024, impose qu’un produit vendu dans l’Union soit sûr et que, pour chaque produit, un opérateur économique responsable soit établi dans l’Union : fabricant, importateur, mandataire ou prestataire de services d’exécution des commandes. Le règlement REACH, modifié par le règlement (UE) 2018/2005, a étendu à l’ensemble des articles, à partir de juillet 2020, la restriction de quatre phtalates jusque-là limitée aux jouets et articles de puériculture. Les objets électroniques, enfin, relèvent de la directive sur la compatibilité électromagnétique, qui se traduit par le marquage CE, et de celle sur les déchets d’équipements électriques et électroniques, qui impose sur la plupart d’entre eux le pictogramme de la poubelle barrée.
Deux conséquences pratiques. La mention « sans phtalates » reste volontaire : sa présence est un bon signe, son absence ne prouve rien. Et la seule caractéristique objectivable à l’achat est la porosité : une surface non poreuse — silicone de qualité médicale, verre, acier — se nettoie complètement, une surface poreuse retient.
La contrefaçon
Le secteur y est exposé comme d’autres biens de consommation, avec une particularité : le produit entre en contact avec les muqueuses, ce qui change la nature du risque. Trois signes se repèrent sans expertise : un prix très inférieur à celui du même modèle ailleurs, sans promotion qui l’explique ; l’absence du fabricant ou de l’opérateur européen sur l’emballage ; une fiche vague sur le matériau, qui est le point le plus coûteux à copier et donc le premier sacrifié. Les places de marché, où le vendeur n’est pas l’exploitant du site, concentrent l’essentiel du problème.
La vente aux mineurs et les contrôles
L’interdiction de vente aux mineurs est la raison d’être de la règle de distance et de l’affichage à l’entrée des commerces. En ligne, elle se traduit le plus souvent par une simple déclaration d’âge, dont l’efficacité est faible. Le contrôle des pratiques commerciales relève de la DGCCRF : allégations trompeuses, information sur les matériaux, conformité des produits importés. C’est la voie de signalement pour un produit dont la description ne correspond pas à ce qui est livré.
Les garanties, et le droit de rétractation
Rien dans la nature de ces produits n’écarte le droit commun de la consommation, et c’est utile à savoir parce que les vendeurs n’en parlent guère. La garantie légale de conformité s’applique : un produit qui ne fonctionne pas, ou pas comme décrit, engage le vendeur et non le fabricant. Elle couvre deux ans à compter de la délivrance pour un bien neuf, sans démarche particulière à l’achat. La garantie des vices cachés s’y ajoute, et la garantie commerciale, quand elle existe, ne remplace ni l’une ni l’autre.
Le point d’attention porte sur le droit de rétractation : pour des raisons d’hygiène, il est généralement écarté dès l’ouverture de l’emballage scellé, ce qui est licite si l’information est donnée avant l’achat. Une panne reste couverte par la garantie ; un changement d’avis après ouverture, non. C’est pourquoi la précision des fiches produit compte davantage ici que dans d’autres commerces : l’erreur de choix n’est pas réparable.
Les prix, et ce qui les explique
Les écarts sont considérables entre deux objets d’apparence comparable, et trois facteurs les expliquent, dont aucun n’est le nom de la marque.
Le matériau. Un silicone de qualité médicale coûte nettement plus cher à produire qu’une matière souple d’entrée de gamme, et c’est le poste qui pèse le plus. C’est aussi le plus facile à masquer derrière un vocabulaire commercial.
Le moteur et la batterie pour les objets électroniques : la régularité, le silence et la tenue dans le temps viennent de là, et ce sont les composants qui différencient le plus deux produits de forme identique.
La conformité et l’importation : les obligations qui pèsent sur l’opérateur établi dans l’Union ont un coût, que les circuits les plus courts contournent en ne les respectant pas. Un prix anormalement bas sur une place de marché s’explique souvent là, et pas par une meilleure organisation.
Ce qui n’explique pas le prix : le packaging, le marketing et la présence dans les comparatifs, poste de dépense important sur un marché où la publicité classique est fermée, mais sans rapport avec l’objet.
Boutique ou en ligne : ce qui se perd de chaque côté
En boutique, on voit et on touche : la dureté du matériau, le poids et les dimensions réelles, qui sont précisément les trois informations absentes des fiches en ligne. Le conseil y existe, avec la réserve évidente qu’il vient d’un vendeur.
En ligne, on dispose de la largeur de catalogue, des informations techniques les plus détaillées et de la comparaison immédiate. On y perd l’appréciation physique, on y gagne la discrétion, qui reste le premier motif d’achat à distance.
Une combinaison efficace : regarder en boutique pour calibrer taille et dureté sur une catégorie inconnue, puis acheter où l’on veut en connaissant les dimensions qui conviennent. Ce qui ne fonctionne pas, c’est de choisir un premier objet d’une catégorie nouvelle sur la seule foi d’un adjectif.
Lire une fiche produit : reconnaître des sextoys de qualité
À défaut de données de marché, les informations fiables sont sur la fiche produit ou l’emballage. Elles n’ont pas toutes le même poids ; trois catégories, de la plus à la moins fiable.
Les mentions réglementaires : identité du fabricant ou de l’opérateur responsable établi dans l’Union, marquage CE et pictogramme de collecte pour les objets électriques. Elles sont obligatoires, leur absence est donc une infraction et non une simple négligence.
Les mentions techniques vérifiables : nom exact du matériau (« silicone platine » ou « silicone médical », pas « matière douce »), dimensions extérieures et insérables en millimètres, étanchéité, mode de charge. Elles ne sont pas obligatoires mais elles sont contrôlables : un vendeur qui les fournit s’expose à être pris en défaut, ce qui en fait un indice de sérieux.
Les mentions purement commerciales : « qualité premium », « peau réaliste », « testé », « recommandé par ». Elles n’engagent à rien, aucune n’est définie, et leur présence à la place des précédentes est le signal le plus net. Quand les informations techniques manquent, l’absence est en soi un renseignement : un vendeur qui ne connaît pas ce qu’il revend, ou qui préfère ne pas le préciser.
Les « meilleurs sextoys », une question sans réponse de marché
Les classements du type « meilleur jouet sexuel de l’année » ou « le plus performant pour femmes » reviennent souvent dans les recherches. Aucun ne repose sur une mesure indépendante : ils sont, pour la plupart, rédigés par des vendeurs ou financés par l’affiliation, pour la raison publicitaire décrite plus haut. Ce qui fait un bon objet se vérifie en revanche sur la fiche : matériau non poreux nommé exactement, dimensions adaptées, étanchéité qui permet un nettoyage complet, fabricant identifiable et garantie écrite. Le reste relève du goût, que personne ne mesure non plus.
Ce que change l’absence de mesure
Elle a des conséquences concrètes au-delà de la curiosité statistique. Un marché non mesuré est un marché où le contrôle avance lentement : sans catégorie statistique, pas de suivi ; sans suivi, pas de priorité de contrôle. Pour l’acheteur, il n’existe pas de base publique de conformité propre à ces produits, et la vérification repose sur lui — la fiche, le matériau nommé, l’existence d’un vendeur identifiable.
C’est aussi ce qui distingue ce secteur des services encadrés par un plan de numérotation, où les tarifs sont plafonnés et les obligations d’affichage opposables. Sur une ligne comme dial hot, le prix du service est borné par la réglementation ; sur un objet, aucune autorité ne vérifie a priori ce qui est écrit sur la boîte.
Questions fréquentes
Quelle est la taille du marché du sextoy en France ?
Aucun chiffre fiable n’est publié. Les estimations en circulation vont de 200 millions à plusieurs dizaines de milliards, sans méthode vérifiable, et mélangent périmètre français et périmètre mondial.
Le marché est-il en croissance ?
Les usages déclarés progressent nettement sur vingt ans, et plusieurs acteurs rapportent une hausse marquée en 2020-2021. La croissance en valeur, elle, n’est pas mesurée ; les taux annoncés par les cabinets d’études sont des projections.
Quel est le pourcentage de femmes qui utilisent un sextoy ?
Selon des sondages de l’Ifop, la part de femmes déclarant en avoir déjà utilisé un est passée d’environ 9 % en 2007 à près de la moitié en 2017. Il s’agit d’usages déclarés, et plusieurs de ces enquêtes ont été commandées par des acteurs du secteur.
Quel est le meilleur jouet sexuel en 2026 ?
Aucun classement indépendant ne permet de le dire. Les critères vérifiables sont le matériau, les dimensions, l’étanchéité, l’identité du fabricant et la garantie ; les palmarès en ligne sont pour la plupart écrits par des vendeurs.
Où ces produits se vendent-ils ?
Dans cinq circuits principaux : boutiques spécialisées, sites spécialisés, places de marché, parapharmacie et grande distribution, vente à domicile — auxquels s’ajoutent l’occasion et la reprise. Aucun panel ne couvre l’ensemble, ce qui explique en partie l’absence de chiffre consolidé.
Sources et limites
- Enquêtes d’opinion de l’Ifop sur les pratiques sexuelles des Français, dont plusieurs commandées par des acteurs du secteur : méthodologie publiée, commanditaire à prendre en compte.
- Les estimations de chiffre d’affaires reprises dans la presse en ligne (200 M€, 22 Md€, 50 Md€, 112 Md€) ne citent pas de méthode et mélangent les périmètres : elles ne sont pas reprises ici comme des mesures.
- Loi n° 87-588 du 30 juillet 1987, article 99, et loi n° 2007-293 du 5 mars 2007, sur Légifrance ; Cour de cassation, décision du 22 janvier 2013 sur la question prioritaire de constitutionnalité.
- Règlement (UE) 2023/988 du 10 mai 2023 relatif à la sécurité générale des produits, et règlement (CE) n° 1907/2006 dit REACH.
- Code de la consommation, garantie légale de conformité et exceptions au droit de rétractation.
- Synthèse EUR-Lex du règlement (UE) 2023/988 : adoption le 10 mai 2023, application à partir du 13 décembre 2024, opérateur économique responsable dans l’Union.
- Règlement (UE) 2018/2005 modifiant l’entrée 51 de l’annexe XVII de REACH (phtalates DEHP, DBP, BBP, DIBP) ; directive 2014/30/UE (compatibilité électromagnétique) ; directive 2012/19/UE (déchets d’équipements électriques et électroniques) et fiche « Your Europe » de la Commission sur le marquage DEEE.
- Règlement général sur la protection des données, article 9 (catégories particulières de données, dont la vie sexuelle).
- NPR et Fortune, mars 2017 : accord amiable de Standard Innovation (Ottawa), fabricant des vibromasseurs We-Vibe, dans une action collective sur la collecte de données de son application.
- Guides de choix des lubrifiants publiés par des pharmacies en ligne : incompatibilité du lubrifiant silicone avec les objets en silicone.
- Aucune nomenclature douanière ni sectorielle n’isole ces produits, ce qui interdit le recoupement par les statistiques d’importation.


